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Pierre Deschamps (1873-1959)
Le Fondateur
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Pierre Deschamps est issu d'un milieu très modeste et très simple. Son père était garde champêtre. Il est né à Écueillé dans l'Indre, le 30 juin 1873. Son petit village natal sera toujours pour lui un havre où il aimera venir se détendre et prendre un peu de recul para rapport aux préoccupations et aux problèmes que ses diverses tâches lui créent. C'est un élève studieux et intelligent qui entre à l'école normale de Châteauroux puis à l'École normale supérieure de Saint-Cloud dont il sort en 1894 professeur d'école normale section des lettres. " C'est, écrit le directeur, un bon et honnête garçon sur lequel on peut absolument compter, Il est instruit et continuera à travailler " et il ajoute : " a donné une première preuve de son bon esprit en acceptant de partir en Tunisie malgré les raisons très pressantes qu'il avait de rester en France ". C'est là une première indication pour comprendre les hésitations que connaîtra Pierre Deschamps lorsqu'il s'agira pour lui de prendre des décisions dont dépendra le bonheur de ses proches.
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| Les premières expériences outre-mer |
Il est depuis un an au collège Alaoui de Tunis lorsque Ferdinand Buisson, directeur de l'enseignement primaire au ministère de l'Instruction publique, écrit le 5 avril 1895 au ministère pour le recommander au poste de directeur de l'école centrale de Saint-Denis de la Réunion, de préférence aux autres candidats. Cette école en effet vient d'être laïcisée par le gouverneur de l'île. Il s'agit de faire échec aux écoles des missions Saint-Michel qui s'apprêtent à accueillir des élèves à titre gratuit. L'Suvre à accomplir est importante, d'autant que, en plus de la direction de l'école proprement dite, le titulaire du poste doit organiser les établissements scolaires de Saint-Pierre, Saint-Paul, et Saint-André. Les candidats locaux ne manquent pas et l'un d'entre eux est même recommandé par le ministère des Colonies. Deschamps, cependant, pose sa candidature. Appuyée par le directeur du service de l'Enseignement en Tunisie et par le directeur du collège Alaoui (" Deschamps est un jeune maître très capable, plein d'initiative et d'entrain, instruit, et qui continue de travailler. D'un caractère très sûr, on peut absolument compter sur lui ", elle est retenue.
Sous son impulsion, l'école de Saint-Denis s'affermit et se développe avec, notamment, la création d'une section professionnelle. Elle double le nombre de ses élèves en dix-huit mois malgré l'existence d'un établissement congréganiste rival, fortement soutenu par de hautes personnalités. Mais les jugements sur l'homme sont nuancés. S'ils ne manquent pas de souligner son dynamisme, son esprit d'initiative, sa détermination et son dévouement (" C'est un directeur habile qui a le feu sacré. "), ses chefs hiérarchiques déplorent une certaine tendance à l'insubordination. Ils regrettent surtout des projets pour lesquels ils n'ont pas été consultés. Deschamps ne souhaite-t-il pas que l'école normale de l'île soit rattachée à l'école qu'il dirige ? Ces jugements mettent en relief deux constantes de la personnalité professionnelle de Deschamps. D'une part, son désir de former des maîtres et de superviser cette formation ; d'autre part, sa tendance à prendre certaines libertés avec les rouages administratifs, ordinaires, quitte à se montrer quelque peu désinvolte vis-à-vis des autorités de tutelle.
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| L'aventure malgache |
A la Réunion en tout cas, Deschamps semble, au cours des mois, de plus en plus mal à l'aise. Comme s'il avait le sentiment de ne pouvoir donner là toute sa mesure. Aussi écrit-il au ministère des Colonies pour un poste dans l'administration de l'enseignement à Madagascar, depuis peu terre française. " Il ne m'est pas possible, écrit-il, de préciser le poste que je désire occuper puisque j'ignore ce qui a été fait à Madagascar pour l'organisation du service de l'instruction publique. ". En même temps, il indique cependant qu'il ne veut pas " occuper un poste qui serait inférieur à celui qu'il occupe à la Réunion. " Cette demande est appuyée par le gouverneur qui se réfère aux services rendus par Deschamps lorsqu'il a assuré, de novembre 1895 à mars 1896, l'intérim de l'inspection des écoles, en l'absence du titulaire. Quant au ministère des Colonies, il répond au postulant " de s'adresser directement à Gallieni (gouverneur de l'île) qui a seul qualité pour donner à sa demande la suite qu'elle comporte ".
En février 1898, Deschamps est informé qu'un poste d'Inspecteur des Écoles est vacant à Madagascar, et il est invité à le demander. C'est chose faite le 26 du même mois. Gallieni le nomme bientôt inspecteur des écoles. Le 16 mai, il embarque pour Tamatave. Gallieni informe alors le ministère des Colonies en ces termes : " Sur la recommandation du comité de l'Alliance française (dont le secrétaire général n'est autre que Pierre Foncin), et par arrêté du 26 février dernier, j'ai nommé inspecteur des Écoles à Madagascar, M. Deschamps ". C'est un jeune marié d'à peine vingt-cinq ans qui débarque à Tamatave. Il a en effet épousé l'année précédente Josèphe Marie Emma Blanc, dite " Mimi ", d'un an son aînée, qui lui donnera cinq enfants dont le premier Joseph, vient au monde le surlendemain de l'arrivée de son père dans la Grande île. A Madagascar, Deschamps doit prendre en main l'organisation de l'enseignement officiel et le contrôle de l'enseignement privé. C'est dans l'accomplissement de cette double tâche qu'il invente la Mission Laïque. Un séjour à Paris lui permet de la mettre sur pied en 1902. En 1906, Gallieni est remplacé par Augagneur qui bat en brèche l'Suvre de son prédécesseur et, privilégiant l'enseignement supérieur dans l'île, juge dangereux le maintien de Deschamps dans la colonie. Ce dernier rentre en France où il est nommé directeur de l'école annexe de La Sauve en Gironde, au début de 1907. Il y paraît, comme le reconnaît le recteur " très au-dessus de la fonction qu'il assure ". Quelques mois plus tard, il prend la direction de l'école primaire supérieure de Douarnenez qui, sous son autorité, devient une véritable école modèle.
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| Deschamps à Beyrouth |
C'est à Douarnenez que la Mission vient le chercher pour ouvrir, après Salonique, un deuxième établissement en Orient : le collège de Beyrouth. Après bien des hésitations, Deschamps accepte cette occasion de " voir si les principes de la Mission Laïque avaient en orient autant de valeur que dans les colonies ". Sa réalisation y est originale et répond aux aspirations de tous les groupes ethniques ou religieux entre lesquels se répartissent les élèves. Le succès du collège est immédiat et démontre le triomphe de l'idéal laïque. Cependant, des soucis familiaux le font rentrer en France. Il y prend la direction de l'école primaire supérieure de Guingamp. Mais il a laissé des traces profondes au Liban. En 1912, Besnard en est le témoin émerveillé : " Si tu étais resté, écrit-il à son ami, tu aurais cette satisfaction, si grande et si rare, d'avoir été l'initiateur, le directeur d'un grand mouvement de régénération. "
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La Grande Guerre le frappe cruellement. En 1917, il y perd son fils aîné, engagé volontaire à l'âge de dix-neuf ans. Au lendemain du conflit, lorsque la Mission veut rouvrir son collège de Beyrouth, resté fermé pendant toute la durée des hostilités, et en faire une sorte de foyer de rayonnement dans toute la Syrie, c'est tout naturellement à Deschamps qu'elle pense. Et Deschamps repart au Liban. Il rouvre son collège mais il se heurte bientôt aux problèmes politiques qui brouillent la situation et ne lui laissent pas les moyens nécessaires à son action dans une région placée cependant sous mandat français.
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| Une activité inlassable en métropole |
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Il revient donc l'année suivante à Chalon-sur-Saône où on le nomme une fois de plus, Directeur de l'école primaire supérieure. Préoccupé par l'avenir professionnel des élèves, il ouvre une section pratique, organise des cours d'apprentissage et permet au projet de création d'une école professionnelle " de sortir des limbes ". Il y est jugé comme " un homme d'initiative, très actif, de forte intelligence, de grande expérience, un homme dont les qualités de cSur sont rares, portées à un tel degré ". Aussi, lorsqu'il désire un poste dans une ville universitaire pour les études supérieures de ses enfants, on l'appuie pour Lyon ou Marseille, malgré les regrets que l'on a de le voir partir. En 1926, on lui confie l'école primaire supérieure Victor Hugo de Marseille, où il restera jusqu'à sa retraite, en 1934. Il se retire alors à Aix-en-Provence.
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Durant toutes ces années, son intérêt pour la Mission Laïque ne faiblit pas, même s'il se montre moins présent. Son activité ne se limite pas à la responsabilité des établissements qu'on lui a confiés. Il milite pendant dix ans aux Éclaireurs de France. Il adhère à l'Union nationale, puis à la Franc-maçonnerie. Cette appartenance explique le titre de ses deux dernières Suvres : Scoutisme et Franc-maçonnerie (1952). L'Education des peuples de couleur par les blancs considérée du point de vue maçonnique (1956). Jusqu'au terme de sa vie, il est hanté par le drame de l'échec de l'éducation des peuples colonisés par les nations européennes. " On a cherché à la dominer et à les assimiler, au lieu de les aider à se développer dans le sens de leur évolution propre& Plus de compréhension et plus d'amour auraient obtenu de tout autres résultats. " A l'âge de 85 ans, il décède brutalement lors d'une intervention chirurgicale.
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